
jeudi 1er janvier 2026
Liban : terre biblique et de mission
Il est des lieux où la géographie semble avoir été dessinée pour servir de théâtre à l’Éternel. La Terre Sainte, cette bande étroite entre le Jourdain et la mer où les patriarches ont marché et où le Christ est né, en est le cœur. Juste au nord, séparé par les monts de Galilée et uni par la même Méditerranée, se trouve pourtant une autre terre biblique majeure, souvent méconnue : le Liban, l’antique Phénicie.
Aujourd’hui encore, le nom du Liban évoque trop souvent les guerres, les explosions, les crises. On oublie son histoire millénaire, sa relation intime avec les peuples de la Bible, avec Jésus lui-même et avec la première expansion du christianisme.
Ce livre explore la présence du Liban dans les Écritures pour le replacer là où sa vocation le porte : comme une Terre biblique, une Terre sainte à part entière, et comme une Terre de mission. Saint Jean-Paul II affirmait que le Liban est « plus qu’un pays : c’est un message ». Plus récemment, le Pape Léon XIV, lors de son premier voyage apostolique international au Liban en novembre-décembre 2025, a contemplé les montagnes et les cèdres comme « les emblèmes d’une âme juste qui s’épanouit sous le regard de Dieu », décrivant le Liban comme un véritable « laboratoire de paix » pour le Moyen-Orient.
En tant que Libanais, je porte en moi une interrogation passionnée, presque filiale : quelle est la place de mes ancêtres, ces Phéniciens bâtisseurs et marins, dans le dessein de Dieu ? Sont-ils seulement les adversaires de l’histoire sainte, les adorateurs de Baal condamnés par les prophètes, ou ont-ils joué un rôle plus discret mais réel dans l’économie du salut ?
Ce livre naît de ce désir de comprendre. Il est le fruit d’une lecture croyante et critique, enracinée dans la tradition catholique, qui cherche à renouer les fils rompus entre l’histoire biblique et l’histoire du Liban, non pour nourrir un nationalisme tourné vers le passé, mais pour puiser dans cet héritage une sève nouvelle pour vivre et annoncer la foi aujourd’hui.
Une frontière ouverte : le voisin inévitable
Ouvrir la Bible, c’est rencontrer le Liban à presque chaque tournant. Des cèdres du Temple de Salomon aux prophéties d’Ézéchiel sur Tyr, des miracles d’Élie à Sarepta aux pas de Jésus sur le territoire de Sidon, la présence phénicienne est constante. Elle n’est pas un décor lointain comme l’Égypte ou Babylone : elle est le voisin immédiat, le partenaire commercial indispensable, le rival culturel fascinant et parfois l’ennemi intime.
L’histoire biblique ne se comprend pas sans ce face-à-face permanent. Israël, peuple de bergers et de montagnards, s’est défini en partie par rapport à la Phénicie, peuple de marins et de citadins. La relation est complexe, faite d’attraction et de répulsion.
Attraction, car c’est Hiram de Tyr qui fournit le bois et les artisans pour bâtir la Maison de Dieu à Jérusalem : sans le savoir-faire phénicien, le Temple n’aurait pas eu cette splendeur. Répulsion, car c’est Jézabel, princesse de Sidon, qui tente d’imposer les cultes de Baal et d’Astarté au cœur même de l’Alliance.
Je me place au cœur de cette tension. Je refuse la lecture simpliste qui opposerait un Israël « tout blanc »à une Phénicie « toute noire ». La réalité est plus nuancée, plus humaine. La frontière entre foi et idolâtrie ne passe pas seulement sur la carte, entre Galilée et Liban, mais au milieu du cœur de chaque croyant. Relire la soif de richesse, la fascination pour les forces de la nature et l’orgueil technique de nos ancêtres, c’est entrer plus lucidement dans nos propres combats spirituels d’aujourd’hui.
Un itinéraire en sept étapes
Pour mener à bien cette enquête, je propose un itinéraire en sept étapes qui épouse le mouvement même de la Révélation : partir de l’histoire, traverser le combat spirituel, et s’ouvrir à l’accomplissement dans le Christ et à la mission de l’Église.
Dans une première partie, je pose le décor historique. Nous verrons comment la géographie a façonné deux destins différents mais liés, celui d’Israël et celui de la Phénicie. Nous méditerons l’alliance fondatrice entre Salomon et Hiram, modèle de coopération féconde entre la sagesse de la Révélation et la compétence des nations, sans cacher les fissures précoces : syncrétisme, division du royaume, luttes d’influence.
La deuxième partie nous invitera à un pèlerinage urbain. Nous visiterons les cités de la Phénicie biblique, non comme des touristes, mais comme des pèlerins à l’écoute de la mémoire des pierres : Tyr la métropole orgueilleuse, Sidon la mère ambiguë, Byblos la savante, Sarepta l’humble, Arvad la guerrière. Chacune de ces villes porte une leçon spirituelle qui éclaire encore la vie des croyants aujourd’hui.
La troisième partie nous fera descendre dans l’arène du combat spirituel. Nous regarderons en face le panthéon cananéen, Baal, Ashera, Moloch, pour comprendre pourquoi ces cultes de la fertilité et de la puissance séduisaient tant le peuple de Dieu, et pourquoi les prophètes, d’Élie à Jérémie, ont dû mener une lutte pour préserver la transcendance du Seigneur. Il ne s’agira pas de curiosité archéologique, mais d’une méditation sur l’idolâtrie, ce mal toujours actuel qui consiste à adorer la créature à la place du Créateur.
Cependant, le jugement n’est pas le dernier mot de Dieu. La quatrième partie marque le tournant décisif de l’Évangile. Avec Jésus, la frontière devient lieu de rencontre. Nous le suivrons sur les routes de Tyr et de Sidon, où il cherche le repos et trouve la foi. Nous contemplerons le dialogue bouleversant avec la femme syrophénicienne, cette mère païenne qui, par son humilité, force la porte du Royaume et préfigure l’entrée des nations dans l’Église. Nous verrons comment les premières communautés chrétiennes accomplissent la prophétie de paix : là où les rois s’étaient affrontés, des frères prient désormais ensemble.
Au-delà du récit, le Liban devient un symbole. La cinquième partie nous élèvera vers les sommets pour contempler les cèdres. Arbre de Dieu, image du juste, mais aussi figure de l’orgueil que Dieu abaisse, le cèdre est un véritable géant théologique. Nous verrons comment la prophétie biblique utilise cette image pour annoncer le Messie, ce rejeton humble qui deviendra un abri pour tous les oiseaux du ciel.
Pour ancrer notre propos, la sixième partie reviendra à la matérialité de l’héritage. Nous parlerons des ports, de la pourpre et du papyrus, ces instruments par lesquels la Phénicie a servi, parfois sans le savoir, la transmission de la Parole de Dieu. Nous aborderons la question de la localisation de Cana, où la tradition libanaise revendique une part du premier signe de Jésus, et nous écouterons la mémoire juive et chrétienne relire cette histoire commune.
Enfin, la septième partie ouvrira des horizons pastoraux. Je chercherai comment prêcher aujourd’hui à partir de ces textes, comment prier avec la création à l’école des cèdres et de la liturgie orientale, comment vivre la foi au milieu d’un monde pluriel, en tirant les leçons de cette longue cohabitation pour la mission de l’Église aujourd’hui.
Ce parcours se trouve confirmé par le regard du Pape Léon XIV, qui a vu dans notre pays, non une marge de la Terre Sainte, mais un lieu où Dieu continue de confier au peuple libanais une mission de réconciliation pour toute la région.
Une lecture chrétienne
J’ai essayé de garder ce livre ancré dans la tradition intellectuelle et spirituelle de l’Église. Je puise largement dans les écrits des Pères et des Docteurs de l’Église, qui ont appris à lire l’Ancien Testament comme une préparation pédagogique au Nouveau : pour eux, Hiram figure les nations appelées au salut et la femme syrophénicienne devient une icône de l’Église née du monde païen. Cette lecture typologique, reconnue par la tradition catholique, donne profondeur et unité à l’ensemble des Écritures.
Dans ces pages, la foi de l’Église sert de boussole. Lorsque la doctrine est définie, sur le Christ, l’Église, la grâce, la Révélation, je la recevrai comme norme sûre. Lorsque mon propos relève de l’interprétation théologique ou de la méditation spirituelle, je le présenterai comme une lecture possible, au service de la contemplation. De même, j’utiliserai les apports de l’archéologie et de l’exégèse moderne pour éclairer le contexte historique, en les distinguant clairement des certitudes de la foi.
Mon regard est aussi celui d’un croyant oriental, marqué par la liturgie et la piété du Liban chrétien. Je ne peux lire les textes sur les cèdres sans penser à la vallée sainte de Qadisha et aux ermites qui l’ont habitée ; je ne peux évoquer Tyr et Sidon sans penser aux communautés vivantes qui y confessent encore le Christ aujourd’hui, souvent dans la fragilité. Cette couleur locale n’est pas un folklore, mais une clé de lecture : la terre de la Bible n’est pas un musée, c’est une patrie spirituelle habitée, où l’unique foi catholique prend des visages multiples.
Apprendre des erreurs, vivre l’espérance
Pourquoi rouvrir ces dossiers anciens ? Parce que l’histoire du Liban biblique est un miroir pour notre temps. On y reconnaît les dangers du syncrétisme mou, la tentation de la puissance et de l’argent qui a conduit Tyr à la chute, la violence religieuse de Jézabel et la violence purificatrice d’Élie. Ces épisodes nous aident à discerner nos propres compromissions et nos propres duretés de cœur.
Mais, derrière ces drames, se laisse entrevoir surtout la patience de Dieu. Le Seigneur n’a jamais abandonné cette bande de côte : il l’a reprise par la voix des prophètes, puis il l’a visitée en personne par les pas de son Fils. L’histoire qui va de la malédiction des idoles à la bénédiction de la Syrophénicienne est une histoire de miséricorde. Elle affirme que les frontières les plus fermées peuvent être traversées par la grâce, lorsque les cœurs s’ouvrent.
En écrivant ces pages, mon espérance est double. D’abord, aider les lecteurs, libanais ou non, à redécouvrir la richesse insoupçonnée de ce patrimoine biblique : le Liban n’est pas une note de bas de page dans la Bible, il est l’un des acteurs du drame du salut. Ensuite, offrir des ressources pour vivre la foi aujourd’hui : dans un monde globalisé qui ressemble parfois à un nouvel empire phénicien, la veuve de Sarepta apprend la confiance dans la précarité, les disciples de Tyr apprennent la prière fraternelle, la femme syrophénicienne apprend l’audace de l’intercession.
Puissent ces chapitres nous aider à devenir, comme nos pères dans la foi, des hommes et des femmes de la frontière : enracinés dans l’unique Vérité confessée par l’Église, mais ouverts au large ; capables de discerner, dans la culture des nations, des pierres d’attente pour le Temple de Dieu ; prêts à accueillir le Christ qui passe, même là où on ne l’attendait pas.
Note sur le langage et les noms
Dans ce livre, les noms de pays, de villes et de régions, comme « Israël », « Liban », « Phénicie », « Galilée » ou « Syrie-Phénicie », sont utilisés comme des repères bibliques, historiques et spirituels. Ils renvoient au monde de l’Antiquité, à ses textes, à sa toponymie, à ses symboles. Ils ne désignent ni des positions politiques contemporaines, ni des frontières modernes.
Lorsque j’évoque des frontières, des passages ou une certaine perméabilité des régions, j’adopte le langage propre au monde biblique et antique. Il s’agit de routes commerciales, de zones culturelles, de circulations religieuses, mais surtout de dynamiques théologiques telles que l’alliance et la séparation, la rencontre et l’appel, la conversion et la mission. Dans le contexte présent, marqué par des conflits et des mémoires douloureuses, je précise que ce vocabulaire n’a jamais pour but de banaliser la souffrance, de contourner les injustices ou de relativiser les réalités tragiques de notre temps.
Ce livre ne se veut ni un discours politique, ni une prise de position sur les conflits actuels. Il se situe volontairement sur un autre plan, celui de l’exégèse, de la typologie, de la lecture théologique et de la spiritualité, là où la géographie biblique devient le théâtre de la traversée de la foi et de l’action de la grâce.
Si l’Écriture et la tradition chrétienne parlent de frontières franchies, c’est avant tout pour dire que Dieu va à la rencontre de l’homme, que la miséricorde rejoint les marges et que la foi peut surgir là où on ne l’attend pas. Mon horizon spirituel est ainsi une espérance : celle d’une paix vraie, juste et durable, non fondée sur l’effacement des mémoires, mais sur leur guérison, sur la justice et sur la réconciliation.
N.B. : Le livre est disponible sur Amazon en versions française et anglaise.
Version Française : Liban, terre biblique et de mission – https://a.co/d/eZxbawg
English Version : Lebanon, a Biblical Land with a Mission – https://a.co/d/g7IJNvk

