Louis Honeiné – 1943
Politique : Paris 2 – Sorbonne
Cours : Université libanaise ; Université Saint-Esprit de Kaslik
Journalisme : L’Orient-Le Jour
Social : Directeur des chantiers de jeunes ; Office du Développement social ‘ODS
Je voudrai commencer par dire, au risque de scandaliser une bonne tranche de nos concitoyens, que, par rapport au Liban, il faut entendre en priorité, par Monde arabe, « le passage obligé de la Syrie. »
La Syrie « sœur » ou la Syrie « frère », sa vision du Liban a, finalement été définie par Assad Père comme étant « un seul peuple en deux pays ».
Et c’est tout dire de ce canal syrien, passage obligé, des hommes et des marchandises, du Liban vers les pays du Golfe à une période ou le Golfe, n’était pas encore, ce qu’il est actuellement.
Chacune de nos présidences a eu son lot de pression ou même de violences de la part du pays « frère ».
Il faut dire que la composition confessionnelle du Liban, leur facilitait la tâche aux différents régimes syriens. Elle leur permettait de jouer sur toutes les cordes de cette diversité qui n’était pas du tout source de richesse humaine, comme certains ont voulu s’en gargariser durant des années.
Le président Bechara el-Khoury, premier président du Liban indépendant suite au retrait des troupes françaises, était soumis en permanence au risque de voir le passage, de la Békaa vers les pays arabes, fermé du côté syrien, avec comme résultat le blocage des poids lourds libanais en route vers les pays du Golfe. A cette époque, le Golfe n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui : le port de Beyrouth monopolisait à lui seul tout le fret maritime destiné au Golfe, et le tronçon routier, ce sont les poids lourds libanais qui s’en chargeaient.
Vous vous imaginez un peu le spectacle et les pertes.
Avec le président Chamoun le spectacle était tout autre et le résultat beaucoup plus dramatique.
Arrivé à la présidence de la République en 1952, le président Chamoun était confronté à une actualité régionale dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle était compliquée.
Les Américains avaient lancé leur politique d’endiguement, avec le « Pacte de Baghdad » pour tenter de freiner le développement de la puissance soviétique dans la région, menée par le président égyptien Jamal Abdel-Nasser, membre fondateur du mouvement des non-alignés. En 1956, auréolé par sa réussite à nationaliser le canal de Suez, à faire évacuer, Français et Anglais de la zone, à obliger les Israéliens à se retirer du Sinaï, le président égyptien était devenu l’idole des masses arabes.
Son action la plus spectaculaire a été d’entreprendre la grande bataille pour l’union des pays arabes. En 1958 il a réussi à poser la première pierre de cet édifice « pharaonique » la « RAU » (République Arabe Unie) entre l’Egypte et la Syrie.
Pour le Liban, c’était le début de ce qui est communément appelé « les événements de 1958 ». Les barricades, à Saïda avec Maarouf Saad, héros de la cause palestinienne, à Beyrouth (dite ouest, majorité musulmane, avec le sempiternel candidat à la présidence du Conseil Saëb Salam), au Chouf, (Mont-Liban ) avec le leader Kamal Joumblat, à Tripoli avec Rachid Karamé, (sunnite) qu’on retrouvera plus tard à la présidence du Conseil en 1975, date officielle retenue pour cette terrible guerre qui a ravagé le Liban, à Zgorta la chrétienne) divisée entre deux familles dans le style des vendettas siciliennes.
Avec Nasser à Damas, nous avons eu droit à un nouveau « haut-commissaire » en la personne de l’ambassadeur égyptien Abdel-Halim Ghaleb, qui, à titre d’exemple, s’autorisait à se déplacer avec sa voiture officielle bourrée d’armes et de munitions.
Avec Nasser à Damas nous avons eu droit à plusieurs assassinats politiques dont notamment le chef du parti communiste au Liban Farjallah al-Hélou qui a eu le malheur de se rendre à Damas, le fondateur et rédacteur en chef du Journal Al-Hayat, Kamel Mrouwé, assassiné dans son bureau en plein cœur de Beyrouth, et du journaliste du quotidien Al-Amal, porte-parole du parti Kataëb, Fouad Haddad.
Et j’en passe.
Mais là, je tiens absolument à signaler que, durant tout ce mouvement militaro-nassérien de l’été 1958, l’armée, sous la conduite de son commandant en chef le général Fouad Chéhab, n’a pas pris position, bloquée qu’elle était par cette maudite réalité, le risque de voir la troupe s’effondrer. (c’est le même
scénario auquel nous assistons maintenant avec le Hezbollah, celui auquel nous avons assisté en 1958 et celui que nous avons subi avec les Palestiniens)
Il n’est pas décent de faire le moindre commentaire quant à ces vérités, mais il serait aussi irresponsable si elles ne sont pas mentionnées, un exemple parmi tant d’autres des impasses libanaises où la Syrie, multi régimes, a joué un rôle des plus funestes.
Le commandant en chef de l’armée a été élu président en 1958 après une entente américano-égyptienne.
Le Général Chéhab et le président Nasser, se retrouvent sous une tente à cette fameuse frontière. La photo des deux chefs a fait le tour du monde. Je crois que cette photo doit être tombée dans le domaine public, ce qui permettra, à ceux qui le veulent de la voir.
Quant au commentaire je me permettrai de le formuler dans les termes suivants : les Libanais ont crié victoire, et féliciter le président Chéhab d’avoir sauvé l’honneur du Liban, en ne recevant pas son « hôte quand même » sur la terre libanaise. L’honneur du Liban est sauf, et le président Chéhab est devenu, les militaires aidant, notre héros national.
Le mandant Chéhab terminé, je ne compte plus m’étendre sur les remarques concernant les autres présidents, pour la simple raison que les événements vécus au Liban à partir de cette date, ne sont pas inconnues à toutes les générations d’émigrés libanais.
Un commentaire par Président.
Charles Hélou : Je voudrais que vous regardiez sa photo debout en face de l’aéroport de Beyrouth où on voit la flotte de la MEA en train de brûler. Ça rappelle la bible avec Sodome et Gomor. Terrible. Son mandat se termine avec l’accord du Caire, parrainé par le président Nasser, en présence de Yasser Arafat, et le commandant en chef de l’armée libanais le général Boustani , accord qui crée le Fath Land au Sud Liban, territoire accordé à la résistance palestinienne pour lui permettre de mener des attaques contre Israël. Et une mainmise sur le Liban.
Avec le président Frangié, encore une fois, ordre n’est pas donné à l’armée de neutraliser les Palestiniens. Et à titre de rappel, Abou-Ayad, le second d’Arafat, a déclaré à partir d’une colline dans le Mont-Liban que « la route d’Israël passait par Jounieh.
A partir de I976 les forces arabes, essentiellement syriennes, s’installent au Liban, pour ne plus sortir qu’en 2005, suite à l’assassinat du Premier ministre Hariri, laissant le pays à la mainmise du Hezbollah.
Actuellement nous allons avoir à traiter avec une nouvelle Syrie, des pays du Golfe mentant en puissance, un désordre régional des plus dangereux, et un Liban devenu le pays de l’émigration par excellence.